Les militaires et moi

Deux tweets de Bénédicte Chéron, enseignante et chercheuse spécialisée « armées, guerre, médias, société », ont attiré mon attention.

Par retour de tweet j’ai répondu que ce point de vue était discutable. Il me semble en effet que les journalistes ont aujourd’hui davantage l’occasion qu’hier de côtoyer des militaires et que, pour le coup, ils sont sans doute plus réceptifs à tout ce qui peut concerner la défense. Ce n’est certes qu’une impression. Mais entre le reportage embedded, les sujets sur tel ou tel régiment envoyé au Mali ou autres théâtres d’opération, ou ceux relatifs aux évolutions du dispositif Sentinelle, les questions militaires sont devenues des sujets d’actualité comme les autres et elles ne sont pas – ou ne sont plus – traitées uniquement par des spécialistes. Continuer la lecture de Les militaires et moi

Bons baisers de Russie

Au départ c’est une image publiée dans quelques journaux. Elle en évoque une autre, mondialement célèbre. Le détournement est plaisant. Mais le sourire est de courte durée. Cette fresque murale de Mindaugas Bonanu offre en effet un raccourci saisissant à la fois de ce qui nous attend pour les prochaines années et de ce que nous avons vécu ces dernières décennies.

Cette fresque a été peinte sur le mur d’un restaurant de Vilnius en mai 2016. Bien avant l’élection de Donald Trump donc. L’histoire de cette oeuvre a été racontée par plusieurs médias (le Washington Post, ou le Huffington Post, par exemple). Continuer la lecture de Bons baisers de Russie

La galère

La gare du Nord ferme ses portes à minuit, la gare Saint-Lazare aussi. Toutes les gares de Paris sont fermées la nuit. Il sait bien qu’il ne peut espérer y dormir. Dans ce pays toutes les gares sont fermées la nuit. Pour rester au chaud, il est resté le plus longtemps possible dans ce Mac Do bruyant, rue de Dunkerque. Deux heures au moins. Deux heures dans un Mac Do, c’est long lorsqu’on est seul et que l’on a fini d’engloutir son cheeseburger trop sec et ses frites à peine tièdes. Il fait mine de regarder les autres clients et de s’intéresser à leur conversation. Mais en fait il ne voit rien, n’entend rien. Il est obnubilé par une seule idée : trouver un endroit pour dormir quelques heures à l’abri du froid de ce mois de décembre.

Il n’a plus assez de fric pour se payer une chambre d’hôtel, même minable, et il s’interdit d’aller frapper à la porte des deux ou trois vagues connaissances qu’il a encore dans cette capitale sans pitié. Il a tellement souvent demandé de l’aide, quémandé quelques billets (« je te rembourse dans un mois, promis ! »), supplié qu’on lui permette de dormir sur un canapé, qu’il n’en peut plus. Il lui reste encore un peu de fierté. Ce soir, il le sait, ce sera la rue. Continuer la lecture de La galère

La chute

J’aime les chutes. Pas seulement la chute d’un article (quand elle est bonne). Pas trop la chute d’un quidam au coin d’une rue. Non, j’aime la chute d’un homme (ou d’une femme) qui croyait être arrivé quelque part, ou qui avançait jusque-là plus ou moins tranquillement, et qui tombe. La chute peut être soudaine ou fort lente. J’aime que l’on chute parce que c’est la vie. Ce thème me poursuit depuis toujours je crois. Je devrais peut-être consulter…

Il y a près de quarante ans j’ai écrit, comme tout le monde, un brouillon de premier roman, « Le retour d’Alexandre Vial ». Un texte qui est heureusement resté dans mes tiroirs mais qui, déjà, mettait en scène un homme qui décidait de tout quitter pour revenir, bien des années plus tard, méconnaissable et condamné à vivre en clochard (il y a 40 ans on ne disait pas SDF). Continuer la lecture de La chute