Les fake news, une bonne nouvelle pour les médias

Le phénomène “fake news” agite beaucoup le monde des médias depuis quelques mois. Certains poussent des cris d’orfraie devant ces coups de boutoir de la post-vérité. D’autres s’en amusent comme s’il s’agissait là d’une nouvelle cour de récréation. Au-delà des postures des uns et des autres, on peut considérer — contrairement à ce que peut laisser croire le bruit ambiant – que le développement des fake news est sans doute une bonne nouvelle pour les médias en mal de confiance auprès de l’opinion publique.

D’abord, rappelons que les fake news ne sont pas nées avec Donald Trump. L’affaire est même très ancienne. Ainsi, en 1938, “La guerre des mondes” d’Orson Welles est diffusée sur les ondes de la toute jeune radio américaine. Or, contrairement à ce que les journaux de l’époque ont copieusement raconté, les rues n‘étaient du tout envahies par des hordes de braves gens paniqués à l’idée de savoir que des petits hommes verts étaient en train de débarquer. Slate rappelle fort justement qu’au cours de ces années 1930 la presse écrite voyait d’un mauvais oeil la concurrence de la radio qui venait de faire irruption dans le paysage. Il importait donc de démontrer que la radio n’était pas fiable. La diffusion de la pièce d’Orson Welles a donc offert aux grincheux une occasion de tenter de démontrer que ce nouveau média racontait n’importait quoi et pouvait avoir des effets néfastes sur le bon peuple américain. Manipulation manifeste, puisque, à quelques exceptions près, le bon peuple était resté chez lui. Continuer la lecture de Les fake news, une bonne nouvelle pour les médias

De bien belles rencontres

Un texte publié aujourd’hui sur BH Info par Zehra Dreca-Sikias m’a touché. Ma première rencontre avec Zehra remonte à 1996, à Sarajevo. Après avoir vécu la guerre et le siège de sa ville, Zehra voulait étudier le journalisme en France. Quelques mois plus tard, Zehra a pu intégrer l’ESJ Lille. Depuis, elle a fait du chemin, beaucoup de chemin même. Pourtant ce cri de colère qu’elle partage sur le site qu’elle a créé, est un un terrible constat de notre échec en Bosnie-Herzégovine. Pas le sien : le nôtre. Echec collectif des Bosniens mais aussi bien sûr de la « communauté internationale ».

Depuis une trentaine d’années, j’ai eu la chance de découvrir, voire d’accompagner, pas mal de jeunes journalistes ou apprentis journalistes. Il y a eu beaucoup de belles rencontres, comme celle que j’évoque ci-dessus avec Zehra. Je voudrais dire ici que ces moments, ces morceaux de vie, ont fortement marqué mon parcours professionnel. Certains de ces jeunes – qui le sont moins aujourd’hui – sont devenus des amis. Pour certains, j’ai été leur « professeur » (c’est eux qui emploient ce terme, jamais moi), mais pour la plupart je n’ai été qu’un passeur, un médiateur. J’étais là pour leur indiquer une voie possible. Libre à eux de la suivre ou pas. Et lorsqu’on se préoccupe à la fois de formation au journalisme et de coopération internationale, quoi de plus vivifiant que de croiser la route d’un(e) futur(e) journaliste et de cheminer ensemble un moment ? Continuer la lecture de De bien belles rencontres

Les militaires et moi

Deux tweets de Bénédicte Chéron, enseignante et chercheuse spécialisée « armées, guerre, médias, société », ont attiré mon attention.

Par retour de tweet j’ai répondu que ce point de vue était discutable. Il me semble en effet que les journalistes ont aujourd’hui davantage l’occasion qu’hier de côtoyer des militaires et que, pour le coup, ils sont sans doute plus réceptifs à tout ce qui peut concerner la défense. Ce n’est certes qu’une impression. Mais entre le reportage embedded, les sujets sur tel ou tel régiment envoyé au Mali ou autres théâtres d’opération, ou ceux relatifs aux évolutions du dispositif Sentinelle, les questions militaires sont devenues des sujets d’actualité comme les autres et elles ne sont pas – ou ne sont plus – traitées uniquement par des spécialistes. Continuer la lecture de Les militaires et moi

Bons baisers de Russie

Au départ c’est une image publiée dans quelques journaux. Elle en évoque une autre, mondialement célèbre. Le détournement est plaisant. Mais le sourire est de courte durée. Cette fresque murale de Mindaugas Bonanu offre en effet un raccourci saisissant à la fois de ce qui nous attend pour les prochaines années et de ce que nous avons vécu ces dernières décennies.

Cette fresque a été peinte sur le mur d’un restaurant de Vilnius en mai 2016. Bien avant l’élection de Donald Trump donc. L’histoire de cette oeuvre a été racontée par plusieurs médias (le Washington Post, ou le Huffington Post, par exemple). Continuer la lecture de Bons baisers de Russie