Trop jeune pour enseigner à la faculté ? Ou trop moderne ?

Pourquoi ou comment devient-on formateur en journalisme ? Quels conseils donner à de futurs formateurs ? Cette rubrique « Comment peut-on être formateur ? » propose un éclairage sur quelques parcours de journalistes qui, un jour, ont entrepris de transmettre leur savoir-faire.

George Hari Popescu a été formateur pendant quinze ans à la Faculté de Journalisme et des Sciences de la Communication de Bucarest (FJSC). Il a commencé par se faire un chemin dans le journalisme, dans le contexte à la fois exaltant et compliqué des années 1990 en Roumanie. Soudain la presse était libre, de nouvelles règles du jeu devaient être imaginées, et la notion de journalisme professionnel devait s’imposer progressivement face aux polémiques, aux excès naturellement générés par cette liberté d’expression toute neuve. Lire la suite Trop jeune pour enseigner à la faculté ? Ou trop moderne ?

Et si on créait des écoles de journalisme ?

Il faudrait créer des écoles de journalisme. Le numérique a considérablement élargi le champ des possibles. Il a aussi ouvert en grand les portes de l’enfer aux excès. Aujourd’hui, tout le monde peut dire tout et surtout n’importe quoi sur le Net et en particulier sur les réseaux sociaux. Comment faire la différence entre une rumeur et un fait ? Comment distinguer commentaire et information ? Tout le monde a certes le droit de dire, d’écrire, de s’exprimer. Mais il y a une différence entre ceux qui le font à titre personnel et ceux dont le métier est précisément de rapporter des faits vérifiés et de les transmettre dans une forme intelligible (le journaliste Jean Quatremer, agacé par les attaques dont il est régulièrement l’objet, vient de fort bien décrire « l’hystérisation du débat à l’heure du numérique »). Si le numérique peut donner l’illusion que tout le monde peut et sait tout faire, le journalisme est et reste un métier. Un métier qui pourrait donc s’apprendre dans des écoles de journalisme. Lire la suite Et si on créait des écoles de journalisme ?

Créer une école de journalisme ou gagner de l’argent ?

L’annonce date de quelques semaines. Une école de journalisme veut s’implanter à Lille, non loin donc de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille (ESJ Lille) en place depuis 1924, officiellement reconnue par la profession (par une commission paritaire qui réunit représentants des employeurs et des journalistes) et qui, de fait, est aujourd’hui l’une des meilleures écoles de journalisme de France. Peut-être la meilleure, si l’on en croit  certains classements.

C’est l’ESJ Paris qui veut ainsi challenger (comme on dit chez les professionnels de la communication) l’ESJ Lille. L’ESJ Paris, école non reconnue, s’associe dans cette entreprise à Grand Lille TV, chaîne implantée dans la métropole lilloise. Le résultat de ce mariage donnerait le jour à l’ESJ Paris-Grand Lille. Lire la suite Créer une école de journalisme ou gagner de l’argent ?

Sans ta carte de presse, t’es plus rien ?

Le psychodrame autour du non-renouvellement de la carte de presse d’Eric Fottorino (ancien directeur du Monde et créateur de l’hebdomadaire Le 1) et de Pascale Clark (présentatrice de A’live sur France Inter) n’aura certainement pas consolidé l’image du journalisme auprès de l’opinion publique, très défiante depuis plusieurs années à l’égard des médias. Le déferlement de commentaires et de témoignages de solidarité émanant du petit monde des journalistes en faveur de leurs confrère et consoeur aura envahi une bonne partie des écrans pendant toute cette journée du 10 mars. Comment peut-on à ce point cultiver l’entre soi, l’exhibition corporatiste ? La matinée avait déjà commencé très fort avec Patrick Cohen découpant en direct sur France Inter sa carte de presse en signe de protestation. Geste ridicule, sinon déplacé, pourtant immédiatement relayé par de nombreux médias et, par des journalistes, sur les réseaux sociaux. Comme s’il était indispensable, urgent, vital, de témoigner, de se rassembler et de se battre contre l’injustice faite à Pascale Clark et Eric Fottorino. La médiasphère verse décidément de plus en plus dans le spectacle. Celui-ci a pris le pas sur l’information. Informer, s’informer, est devenu accessoire. Il faut se distraire, s’amuser, passer le temps, perdre son temps, zapper, consommer de l’image et du bruit. Lire la suite Sans ta carte de presse, t’es plus rien ?

A t-on encore le droit de s’informer lentement ?

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA)  a donc décidé hier de sanctionner plusieurs médias audiovisuels pour leur traitement des attentats terroristes survenus à Paris les 7 et 9 janvier. Comme on pouvait s’y attendre, les cris d’orfraies n’ont pas tardé à fuser au sein des rédactions qui contestent le bien-fondé de cette condamnation de l’instance de régulation (notons au passage qu’ici personne ne risque la prison : on en reste au stade de la mise en demeure et de la mise en garde). Pour l’essentiel, les journalistes concernés s’inquiètent de ne plus pouvoir couvrir l’actualité en direct et en continu lors d’événements graves, au motif que leur travail pourrait gêner les forces de l’ordre et/ou mettre en danger la vie d’autrui.

Sanctions ? Pas sanctions ? Le débat va sans doute agiter la profession pendant quelques semaines. Il y a surtout ici une bonne occasion de s’interroger calmement sur l’utilité de l’information en continu. J’avais posé la question ici au lendemain de la marche du 11 janvier. La décision du CSA me donne l’occasion d’en remettre une petite couche. Lire la suite A t-on encore le droit de s’informer lentement ?

Après Charlie : l’information en continu, pourquoi faire ?

Retour sur l’attentat contre Charlie Hebdo et l’assassinat de 17 personnes. Jamais depuis la Libération on aura, à ce point, eu l’occasion de mesurer l’importance de la presse en démocratie. De ce point de vue, la mobilisation populaire historique du 11 janvier 2015 (et déjà dès le soir du 7 janvier), est porteuse d’espoir.

Les médias se sont ainsi trouvés au coeur de l’attention de tout un peuple. Tant mieux. Mais, après le temps des applaudissements et de l’émotion, il est peut-être permis de souligner quelques errements, en particulier les dérives des médias d’information en continu ces derniers jours. Tout ce temps passé, tous ces moyens déployés, pour nous expliquer, des heures durant, que les journalistes ne voient rien – notamment parce qu’ils sont tenus à distance par les forces de l’ordre- mais qu’ils nous diront tout… Pitoyable spectacle. Effrayant aussi de découvrir que des professionnels livrent à l’antenne des informations qui mettent en danger la vie d’otages. Enervant enfin de voir les chaînes traditionnelles de télévision singer les médias d’information en continu et se livrer concurrence à coup « d’éditions spéciales » non-stop. Lire la suite Après Charlie : l’information en continu, pourquoi faire ?

A 16 ans, elle veut lire un journal papier !

Au départ, c’est une question simple de ma nièce, 16 ans : « Je voudrais m’abonner à un quotidien. Lequel me conseilles-tu ? ». Pris d’un  doute, je lui dis qu’elle veut sans doute s’abonner à un quotidien qu’elle lira sur tablette. « Non, non, je veux un journal papier ». Grosse surprise lorsque l’on connait le peu d’attrait des jeunes pour la bonne vieille presse écrite, celle qui sort des rotatives.

Que lui répondre ? La France ne compte plus que neuf quotidiens nationaux payants. On en recensait 28 au lendemain de la Seconde guerre mondiale et 170 quotidiens régionaux contre 61 aujourd’hui. Et la population française ne dépassait guère à l’époque les 40 millions d’habitants. Alors, en 2014, quel quotidien conseiller à un(e) jeune qui n’a pas non plus envie de lire un journal réservé aux enfants et adolescents (ce qui n’enlève rien à l’intérêt d’un Mon Quotidien, par exemple) ? Lire la suite A 16 ans, elle veut lire un journal papier !

ESJ Lille : André, passé trop à l’Est

L’Ecole supérieure de journalisme de Lille fête ces jours-ci ses 90 ans. Alors je pense à André.

André Mouche a été directeur de l’ESJ de 1980 à 1990. Je l’ai d’abord connu pendant mes études dans la vénérable maison lilloise. Il oeuvrait dans l’ombre d’Hervé Bourges, alors directeur de l’école, puis il lui a succédé. J’ai retrouvé André en 1988 lorsqu’il m’a proposé de devenir responsable des enseignements de presse écrite de l’ESJ. L’homme m’ est apparu à la fois franc et taciturne. Il s’enfermait dans son bureau, des heures, voire des semaines durant. Comme mes collègues, j’ai appris à travailler sans lui. André était là mais il n’était pas là. C’était ainsi. Lire la suite ESJ Lille : André, passé trop à l’Est

ESJ Lille : Momo, homme du passé composé

L’Ecole supérieure de journalisme de Lille fête ces jours-ci ses 90 ans. Alors je pense à Momo.

Pour les étrangers à la sphère « esjienne » il faut expliquer que, bien avant les 140 caractères des tweets, Momo a appris à des générations de futurs journalistes à faire des phrases courtes. Sujet, verbe, complément. « Le soleil éclaire la Terre ». Momo a aussi inventé Facebook. Il a en effet écrit des livres dont il a financé l’édition et la diffusion en lançant une souscription. Ses anciens élèves ont tous reçu des courriers leur expliquant sans rire pourquoi il fallait absolument pré-commander le dernier ouvrage du Maître. Les livres étaient imprimés à un millier d’exemplaires environ et Momo affirmait alors connaitre personnellement tous ses lecteurs. C’était, et cela reste, son réseau social, son Facebook. Il a même inventé le financement participatif que jamais il n’accepterait d’appeler crowdfunding.

Momo – Maurice Deleforge à l’état-civil –  professeur de français, a été directeur des études de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille pendant trente-quatre ans. Pour nous, ses anciens élèves, il est définitivement Momo. J’ai aussi travaillé sous sa houlette à l’époque où j’étais responsable des enseignements de presse écrite de l’ESJ Lille, de 1988 à 1990. Avec un ami et collègue, Bruno Lenormant, j’avais introduit les premiers ordinateurs dans la vénérable institution lilloise. Le soleil éclaire la Terre. Le Macintosh facilite l’édition. A l’époque, Momo n’était pas contre, pas spécialement pour non plus. Lui, son truc, ce sont les mots, les phrases, les accords du participe passé, c’est « donner à voir et donner à entendre ». Quand il était content d’une copie il demandait à son auteur de la lire à haute voix et disait « je biche ! ». Lire la suite ESJ Lille : Momo, homme du passé composé

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