Les fake news, une bonne nouvelle pour les médias

Le phénomène “fake news” agite beaucoup le monde des médias depuis quelques mois. Certains poussent des cris d’orfraie devant ces coups de boutoir de la post-vérité. D’autres s’en amusent comme s’il s’agissait là d’une nouvelle cour de récréation. Au-delà des postures des uns et des autres, on peut considérer — contrairement à ce que peut laisser croire le bruit ambiant – que le développement des fake news est sans doute une bonne nouvelle pour les médias en mal de confiance auprès de l’opinion publique.

D’abord, rappelons que les fake news ne sont pas nées avec Donald Trump. L’affaire est même très ancienne. Ainsi, en 1938, “La guerre des mondes” d’Orson Welles est diffusée sur les ondes de la toute jeune radio américaine. Or, contrairement à ce que les journaux de l’époque ont copieusement raconté, les rues n‘étaient du tout envahies par des hordes de braves gens paniqués à l’idée de savoir que des petits hommes verts étaient en train de débarquer. Slate rappelle fort justement qu’au cours de ces années 1930 la presse écrite voyait d’un mauvais oeil la concurrence de la radio qui venait de faire irruption dans le paysage. Il importait donc de démontrer que la radio n’était pas fiable. La diffusion de la pièce d’Orson Welles a donc offert aux grincheux une occasion de tenter de démontrer que ce nouveau média racontait n’importait quoi et pouvait avoir des effets néfastes sur le bon peuple américain. Manipulation manifeste, puisque, à quelques exceptions près, le bon peuple était resté chez lui.

Plus récemment, après les attentats du 11 septembre 2001, Thierry Meyssan avait diffusé une thèse complotiste dans son livre “L’incroyable imposture” (vendu à 165 000 exemplaires en 2002) en affirmant que les attentats avaient été commandités par des membres du complexe militaro-industriel américain.

La montée en puissance de la tempête fake news doit certes beaucoup à l’attitude de Donald Trump à l’égard des médias et à sa capacité à tweeter un peu (beaucoup) n’importe quoi comme l’a récemment démontré le patron du FBI. Mais elle s’inscrit aussi dans un contexte plus large : celui de la perte de crédibilité des médias auprès du public d’une part, et celui de l’importance accrue des réseaux sociaux d’autre part. Sur ces réseaux en effet, peu à peu s’est installée l’idée que les faits ne sont que des opinions comme les autres. Chacun serait ainsi libre d’avoir son point de vue et sa version de “la” vérité. De quoi alimenter la grande machine à tout et n’importe quoi qui nourrit ces temps-ci Facebook, Twitter et compagnie.

En France, on le sait, depuis plusieurs années les médias font partie des organisations les plus décriées par le public.

Or, c’est précisément ici que les médias sont certainement en train de saisir leur chance de redorer leur blason. En lançant la bataille contre les fake news, ils envoient un signal fort : l’information est une chose sérieuse, la vérification des faits est un métier. Tout le monde s’y met ou presque. Le Monde a lancé son Decodex et a développé ses arguments. Trente-sept médias (notamment l’Agence France Presse, Libération, Le Monde, France Télévisions, La Voix du Nord, Nice-Matin, les titres du groupe Centre France…) ont créé, , avec Google CrossCheck , plateforme collaborative de vérification.

A l’heure du tout numérique et du “toujours plus vite”, vérifier, recouper et en quelque sorte certifier les informations que l’on publie est, plus que jamais, une question cruciale, vitale sans doute, pour les médias et pour les journalistes professionnels. Il faut toute la mauvaise foi d’un Frédéric Lordon, animateur du mouvement Nuit Debout, pour remettre en cause le bien-fondé de cette démarche.

Enfin, et pour ne rien arranger, il est possible aussi que nous soyons plus crédules aujourd’hui qu’hier (Meta-Media : “L’ère de l’information a t-elle laissé place à l’ère de la crédulité ?”). Ce qui fait potentiellement de nous de bons clients pour les manipulateurs de post-vérité.

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 – Egalement publié sur Medium

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